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Détails de la publication


Une leçon d’Hippocrate : La santé dans un environnement nordique

Une lecon d Hippocrate

Ce livre porte sur un aspect du traité appelé traditionnellement « Des airs, des eaux, des lieux » et qu’on appelle souvent maintenant « Traité environnemental », Cette œuvre d’Hippocrate est réellement le premier essai fait par un médecin qui expose les effets de l’environnement sur la santé : l’eau que l’on boit, la géographie de la région où l’on vit, la durée des saisons, les climats. On a dit récemment que cette œuvre marquait les débuts de la géographie et du déterminisme géographique. Hippocrate prend un exemple qui, selon lui, prouve ses théories : les Scythes et la Scythie; dans sa façon de voir, ce territoire s’étend du nord de la Mer Noire jusqu’à la région de la glace et des neiges éternelles. Le médecin rapporte des faits qui nous intéressent immédiatement : les cavaliers scythes, leur vie de nomades, leur famille qui se déplace en chariot, les femmes guerrières sauromates, les « hommes-femmes », par exemple. Par ses idées vraiment modernes, le « Traité environnemental » traite, 2500 ans plus tôt, de questions qui sont aujourd’hui à la mode.

Auteur-e-s:
Isabelle Demars et Gilles Maloney
Année de parution:
2009
Pages:
226
ISBN:
2-920123-14-9
Disponibilité:
Disponible
Prix:
0.00 $

Format: Qté

Description:

Table des matières

Avant-propos
Le lógos scythe d'Hippocrate : un exemple vu pour lui-même

Les Scythes tels un axiome
Aux débuts de la géographie
Les frontières : le « carré scythe » - Fig. 1
Des repères pour voir la santé dans l'environnement
Une médecine météorologique
La « pré-science » d'Hippocrate ?

Hippocrate médecin et cosmographe
« De la nature »
L'arrivée des «  Européens »
La Scythie dans la conception hippocratique du monde
De la géographie élargie d'Hippocrate
Les points cardinaux chez trois auteurs - Tab. 1
Coucher des astres - Tab. 2
Les « points cardinaux » d'Hippocrate - Fig. 3
La Scythie placée dans un système géographique remarquable
De la cosmographie des Airs, Eaux, Lieux - Annexes

Santé, système du monde et Scythie: le déterminisme géographique
Le cas des Anariées, les « hommes-femmes »
Le déterminisme : une démarche méthodologique
Les balises de la démarche
L'environnement dans les paramètres d'analyse médicale : applications au Scythe et à la Scythie
Une lecture médicale hippocratique : l'espace scythe
Originalité de la pensée hippocratique par rapport à celle d'Hérodote
Déterminisme réel et déterminisme idéel
Comment l'environnement façonne la « nature » du Scythe

Le miroir scythe d'Hippocrate
Une autorité : la vie quotidienne
Le miroir scythe présenté par Hippocrate à ses destinataires
La Scythie sans frontière et la frontière du climat
Des frontières réellement connues par les Grecs jusqu'aux neiges éternelles
Climat, environnement et modes de vie des Scythes
Le Scythe en charade
Mon premier est un cavalier
Les Sauromates
Mon second est un nomade
L'environnement des Scythes nomades
Les Scythes et la saison
Mon troisième : un génos peu prolifique
La fécondité
Mon quatrième : une maladie non pas divine mais simplement humaine
Les Eunuques
Et mon tout constitue la figure du Scythe
Les cautérisations et les physiques
Un portrait par retouches des grandes caractéristiques du peuple scythe

Femmes scythes, femmes sauromates et Amazones (Lire le chapitre)
Le retour des Amazones
Le mirage scythe d'Hippocrate au service d'un projet d'écriture
Des guerrières, de la guerre et des mâles
Mutilez ce sein que je ne saurais voir?
L'Amazone hellénistique
Des vies de femmes

Hippocrate en costume d'ethnographe - Un conflit notionnel
De l'ethnographie d'Hippocrate
Voir et faire voir par l'écriture un Autre que soi
De l'enquête ethnographique d'Hippocrate
Un problème de raisonnement circulaire ?

Rhétorique de l'altérité et répartie hippocratique : du bon usage de la rhétorique
Vue de l'Autre : expression de la différence
Mesurer le thôma : le compas est dans l'?il de celui qui regarde
La » grande preuve »
L'énonciation par comparution et par traces
L'oreille hippocratique
Le Scythe : un Autre représenté par un artiste grec

Le médecin et l'homme du Nord entre ciel et terre
Le médecin et l'homme du Nord
La triade médicale
Un assemblage parfait

Annexe
Le lógos scythe des Airs, Eaux, Lieux - texte et traduction


Commentaires

Tout géographe confirmé connaît ou devrait connaître le récit hippocratique intitulé Des airs, des eaux et des lieux, XVII-XXII, s'agissant de l'un des textes fondateurs du déterminisme géographique, maintes fois cité, analysé et présenté ici. L'intérêt de ce retour aux sources tient au fait que les auteurs, pour ne point trop ressasser, sont partis du texte originel et de sa traduction mot à mot. Ce parti implique à la fois une extrême rigueur et le recours à de multiples filtres - géographique, sémiotique et philologique - de sorte que la « question scythe » apparaît ici dans un contexte épuré qui tient de la remise en ordre par touches successives et de la présentation critique des multiples études qui ont scruté le propos d'Hippocrate depuis Diodore de Sicile jusqu'a Jean-François Staszak.

La cosmographie offre une première approche avec la partition du monde entre l'Asie humide et émolliente, l'Afrique soufrant d'hyperthermie et le Septentrion constamment froid et humide. Au centre de cette construction : le monde égéen en parfait équilibre entre ces extrêmes. Par la suite, le conditionnement climatique, l'excès d'humidité, l'absence de contrastes saisonniers et la brièveté des étés aux jours curieusement brefs rendent compte des caractéristiques du peuple scythe, nomade, paresseux, fait d'hommes sans appétence sexuelle et de femmes quasiment stériles, à moins que ce monde ne comprenne, dans une sorte de monde à l'envers, des Amazones guerrières flanquées d'hommes impuissants occupés à des travaux féminins. Ces caractéristiques morbides expliquent à leur tour la triste condition sociale et politique d'hommes qui ignorent les villes.

Comment évaluer le tableau ainsi dressé par Hippocrate? Certes, le raisonnement déterministe qui va du milieu à l'anthropologie et à la sociologie peut être suivi dans sa progression rigoureuse; mais que valent les bases sur lesquelles il repose? Comment interpréter cette description de l'Ukraine méridionale, froide, humide et limitée au Nord par d'improbables Monts Ryphées? Pour les auteurs de cette « leçon d'Hippocrate », un raisonnement rigoureux basé sur des faits incertains sert continuellement à dresser, à l'usage des Grecs, un portrait en miroir dont les valeurs inversées confortent leur propre identité. Pour le reste, les maux qui affectent les Scythes relèvent d'un traitement médical hiérarchisé, allant de la saignée à la scarification, et de celle-ci à la cautérisation, traitement radical appliqué notamment au sein droit des femmes sauromates, assimilées aux légendaires Amazones.

Au-là de leur analyse critique, les auteurs se sont interrogés  de la crédibilité d' « d'Hippocrate en costume d'ethnographe ». Or, au-delà des caractéristiques réinterprétées ou réinventées du climat et du relief,  les notations concernant le costume, l'alimentation, le cheval des hommes et de chariot des femmes relèvent bien du rapport ethnographique et restituent au récit sa véritable valeur. La démonstration qui nous est ainsi proposée s'avère finalement enrichissante en dépit d'une complexité due à la place faite aux textes et citations en langue grecque. Cet amour du grec embarrasse le géographe qui se console en pensant aux pièges tendus aux linguistes par la question du déterminisme.

Jacques Berthemont
Université Jean Monnet
In Les cahiers de géographie du Québec Volume 55 numéro 154 avril 2008, p. 156-157


Voilà un livre qui plaira à tous les hellénistes férus de dépaysement et d’étonnement, sans omettre l’amour de la science. On a coutume, quand on évoque les anciens Scythes, de citer avant tout Hérodote, et on oublie que le Corpus Hippocraticum, dans les premiers chapitres du  traité Airs, Eaux, Lieux, offre un magistral exposé des diverses particularités du monde scythe, qui font ressortir en creux les caractéristiques du monde tempéré, et sont symétriques à cet égard du monde méridional. On a aussi coutume, quand le lecteur francophone évoque l’influence du climat et de la situation géographique sur le physique et les moeurs des populations et sur leur santé, de penser à la littérature française et particulièrement à Montesquieu, et à Montaigne qui l’annonce pour une bonne part. On ne pense pas assez que la « théorie des climats » est déjà à l’oeuvre dans ce traité hippocratique.

Le livre d’Isabelle Demars et Gilles Maloney comporte 209 pages, auxquelles il faut ajouter en annexe (p. 210-219) le texte (extrait de l’édition de Littré) et la traduction des chapitres 17 à 22 qui constituent le logos scythe du traité Airs, Eaux, Lieux, une bibliographie (p. 221-229) et des indices (l’un des auteurs et oeuvres anciens, un autre des personnages et des lieux, un enfin des thèmes étudiés). Ces ajouts rendent le livre lisible et un simple examen du troisième index en montrera la richesse.

Cette richesse est d’autant plus louable qu’il existe une édition du traité que les auteurs qualifient eux-mêmes de « magistrale » (p. 10), l’édition procurée par Jacques Jouanna aux éditions des Belles Lettres dans la Collection des Universités de France (dite vulgo Budé). Et les auteurs ont pu bénéficier aussi bien sûr des apports des deux principaux éditeurs, Littré au 19ème siècle, Jouanna au 20ème, ainsi que des ouvrages importants d’Antoine Thivel et de Jacques Desautels. Il faut aussi souligner que le livre novateur de François Hartog, Le miroir d’Hérodote, essai sur la représentation de l’autre (Paris, 1980, nouv. édition 1991) offre un modèle méthodologique d’importance majeure et que l’apport du livre de Claude Calame, Le récit en Grèce ancienne (Paris, 1990, 2ème éd. 2000), consacré en partie aux procédés d’énonciation et au mode de narration d’Hérodote a été aussi décisif pour l’étude du récit scythe chez Hippocrate.

On appréciera particulièrement dans ce livre certains développements parmi les plus réussis : ce qui concerne la cosmographie et la géographie d’Hippocrate (p. 20-46, avec les annexes p. 47-49), les rapports entre l’environnement, le climat et la médecine (p. 70-79) et, dans la fin de l’ouvrage, ce qui a trait à la distinction des hommes et des femmes, et aux Amazones. Une réserve à ce propos : p. 63-64, il est parlé des Anariées, forme mal transcrite du grec anarieis (nom. pluriel de *anarieus). Le texte de Littré donne anandrieis. Si l’on admet que dans le premier de ces mots composés comme dans le second se trouve à la base du deuxième terme le nom du « mâle » (indo-eur. *ner-), et que le premier terme est un alpha privatif (apparaissant en grec comme a- devant consonne et an- devant voyelle), les deux mots sont à peu près identiques (le deuxième terme apparaissant dans le second mot sous une forme plus attendue, andr-, thème au degré zéro du nom anèr, dans le premier mot sous la forme nar- plus bizarre si nous sommes réellement en grec, mais il peut s’agir d’une forme non-grecque, cf. sanskrit nar ou latin Nero). Je ne vois pas la pertinence de la note 9 de la page 64 : s’il s’agit seulement du nom anèr, alors la voyelle initiale, apparaissant comme une prothèse, est le résultat de la vocalisation d’une laryngale. Quant au sens du mot, qu’il soit anarieis ou anandrieis, il semble clair et la traduction par « dévirilisés » que donne J. Boulogne n’est pas faux. Il me semble en définitive que la forme anarieis est une forme de enarees (Hérodote) contaminée par anandrieis. En tout cas, p. 64, il faut justifier la note de la page 210, où les auteurs indiquent qu’ils ont corrigé le texte de Littré en anarieis.

Les dernières pages sont occupées par la bibliographie. D’abord pour les auteurs anciens (sont oubliés par exemple Pausanias, Hésiode, Diogène Laërce, Platon, Eschyle, Thucydide, Xénophon, auteurs cités dans les trois premières pages), ensuite pour les auteurs modernes. Cette bibliographie est riche et intéressante (il faudrait indiquer les dernières éditions des ouvrages, et ne pas se limiter à la première édition).

Ce petit livre est à recommander : il ouvre la voie à de nouvelles études sur Hippocrate dans le domaine de la science expérimentale ionienne.

MICHEL CASEVITZ Paris
Canadian Bulletin of Medical History / Bulletin canadien d'histoire de la médecine
Vol 27 P. 233-235